Témoignages sur le Burnout
Isabelle, enseignante
Paru dans « La Gruyère » du 19 octobre 2004
Isabelle (prénom fictif) enseigne au cycle d’orientation depuis vingt-cinq ans, avec une préférence marquée pour les classes dites «difficiles». Elle témoigne du phénomène du burn-out dont elle est sortie depuis peu.
«Le plus étonnant est de voir combien de temps il m’a fallu pour que je prenne vraiment conscience du fait que ça n’allait pas. Tout a commencé lorsqu’un élève de la classe dont j’étais titulaire m’a menacée de représailles pour une remarque que je lui ai faite et qu’il n’a pas supportée. J’en ai parlé à mon directeur qui a réagi aussitôt en le plaçant dans une institution. Et j’ai poursuivi mon travail, sans imaginer l’impact que cet événement avait eu sur moi ou ce qu’il avait pu réveiller en moi.
A l’automne de l’année scolaire suivante, j’ai été envahie de plaques rouges, de la taille au cou. Lorsque mon médecin m’a annoncé que cette affection bénigne était certainement due au stress, je me suis dit qu’il y avait quelque chose que je ne supportais pas et qui s’exprimait de cette manière. Mais je n’ai pas creusé la question.
Les choses se sont dégradées en cours d’année. J’ai perdu mon enthousiasme. Il m’est arrivé de devoir sortir de la classe en plein cours, me sentant comme une proie traquée. Je ne supportais plus aucune agressivité et j’étais paradoxalement très agressive avec les élèves, à la limite de péter les plombs à chaque heure. Tandis qu’intérieurement, je me sentais toujours plus écrasée et plus faible. J’avais l’impression que je ne savais plus rien faire avec les jeunes, qu’ils ne m’accordaient aucune valeur et je perdais progressivement toute confiance en moi. Le pire c’est que je gardais tout cela pour moi, me disant que j’étais un peu fatiguée et que ça irait mieux l’an prochain. S’il m’est arrivé de pleurer, une ou deux fois ou de me plaindre à l’occasion en salle des maîtres, je me faisais un point d’honneur à ne pas avouer mon sentiment d’impuissance.
Jusqu’au jour où j’ai craqué et où j’ai giflé une élève pour une raison anodine. Et alors j’ai pris conscience de la gravité de la situation et du fait que j’avais besoin d’aide. D’autant que j’étais sujette depuis peu à des attaques de panique.
J’ai commencé à prendre des antidépresseurs et à accepter ce que je pourrai qualifier d’allergie aux classes difficiles. Ce qui m’a par la suite aidée à me ressourcer et à retrouver ma confiance, c’est d’avoir pu enseigner dans d’autres classes, moins difficiles. Désormais, je connais mieux mes limites et j’ai trouvé les moyens de me préserver.»