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Information Témoignages sur le Burnout

Marie, infirmière

Tiré de « Pour donner un sens au travail », M. Vézina, éd. Gaëtan morin, 1992

Tous les soirs, depuis plusieurs mois, Marie est triste et a de la difficulté à s’endormir. Elle se remémore les événements de la journée survenus à l’hôpital, dans son service de gériatrie. Cette pauvre madame Tremblay à qui elle avait pourtant promis une toilette particulière, mais qu’elle n’a pu lui donner faute de temps. Et les autres, à qui elle a dû fournir des services dont elle n’est pas très fière sur le plan professionnel. Mais comment faire autrement ? Les cas deviennent de plus en plus lourd, et les ressources ont plutôt tendance à diminuer. En appliquant le plan de soins qu’on lui avait préparé, elle s’est attiré la colère de plusieurs malades qui en demandaient plus. Marie se sent coincée entre les volontés d’économie de la direction et les récriminations de la clientèle ou de leur famille. Elle se sent également coincée entre son éthique professionnelle et les contraintes de temps et de soins qu’on lui impose. S’il n’en avait tenu qu’à elle, on n’aurait pas tenté de réanimer ce vieux monsieur Côté qui lui avait souvent manifesté sa hâte d’être libéré de ses souffrances.

Pourtant, il y a 15 ans, à son bal de finissante, elle avait confié à sa mère sa joie d’embrasser une carrière dans laquelle elle pourrait aider les autres et s’épanouir pleinement. Elle a vécu sur cette lancée pendant plusieurs années. Son enthousiasme s’est peu à peu éteint. Quand on voit revenir régulièrement les mêmes patients de plus en plus mal en point, la valorisation par le travail en prend un coup. D’autant plus que l’infirmière est souvent considérée comme la servante du médecin ou celle à qui l’on demande de faire les tâches délaissées par les autres membres du personnel. C’est difficile à vivre, surtout si l’on a pratiquement tout investi dans le travail.

Marie est inquiète : sa situation se détériore. Au travail, l’intérêt n’y est plus ; elle perd confiance en elle et se sent de moins en moins compétente. Au matin, c’est à reculons qu’elle se rend à l’hôpital. Il ne faut donc pas attendre d’elle de larges sourires ni une très grande amabilité envers les malades. La semaine prochaine, elle devra à nouveau travailler la nuit, ce qui ajoutera encore à sa fatigue et à ses problèmes digestifs. Ce ne sont pas ces seuls problèmes de santé qui l’ont amenée à consulter régulièrement son médecin de famille et différents spécialistes pour obtenir des soins et des autorisations d’absence pour maladie : elle n’a plus d’appétit et des maux de tête la font terriblement souffrir.

Marie finit par s’endormir, convaincue que cette situation infernale ne pourra durer encore bien longtemps.